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Rien a priori ne me destinait à devenir un habitué des parcours de Jean Loup. Originaire de Grenoble, le saumon ne faisait pas partie des poissons que j’envisageais sérieusement de pêcher un jour, quant à la possibilité d’en prendre un, il fallait rester sérieux, ce n’était pas pour moi. Je me consacrais à la pêche de la truite, dans les rivières des Alpes dans un premier temps, puis petit à petit mes séjours dans le Jura furent de plus en plus fréquents. Cette pêche me demandait des efforts constants pour améliorer ma technique, ma connaissance des parcours, du poisson etc…car la capture d'une truite sauvage de 50 cm se mérite (la plupart du temps). La pêche de ces deux poissons me semblait radicalement opposée et ce n’était pas mes courts séjours en Bretagne où la pêche du saumon se pratique encore qui devaient me faire changer d’avis. Jusqu’au jour où mon bas de ligne n’a pas résisté plus de 5 secondes à la prise d’un castillon en sèche après un « petit » rush de 15 m. 

Une chose en entraînant une autre, je me laissais tenter par un séjour en Irlande avec 3 amis pour pêcher la truite dans le Connemara. Après 2 séjours dans le Montana, je pensais tenir la destination parfaite. Deux petites heures d’avion et l’assurance d’une Irlande sauvage, de grands espaces, des rivières partout, des truites géantes dans le lough Corrib et pourquoi pas un saumon ou une truite de mer. Mais c’est finalement dans le sud et sur la Suir que je finis ce premier séjour qui s’était transformé en fiasco halieutique (les seules truites que nous avons vu sont celles naturalisées dans les pubs). Je pensais à ce moment là que cette rivière pouvait peut être me sauver mes derniers jours de pêche, j'étais loin de me douter que 10 ans plus tard je connaîtrais chaque courant, chaque pierre, les endroits où l’on peut rencontrer des loutres, les endroits où l'on peut prendre un bain, les endroits où l’on boit de bonnes bières après …


La Suir n’est pas une rivière à crue comme le sont de nombreuses rivières Irlandaises, l’impact de la météo y est donc moins marqué. Une semaine sans pluie n’est pas catastrophique comme cela peut l’être sur des rivières aussi poissonneuses et réputées comme l’Erriff. Son profil me fait penser aux environs de Newcastle à la Loue aux environs d'Ornans. Heureusement ici pas de élevage ni de transformation du lait pour faire du Comté (c’est quand même incroyable qu’un si bon produit puisse participer à la destruction des rivières Franc-Comtoises), pas d’industrie du bois et peu d’habitations en amont de Clonmel. Sa situation contrairement à celle de la Loue est extrêmement stable sur ces dernières années et si l’on ne peut que se souvenir des bons moments passés sur la Loue ou le Doubs, on peut encore s'en fabriquer sur la Suir. La rivière demande juste au pêcheur une certaine capacité d’adaptation, qu’il faut bien reconnaître je n’ai pas toujours. 


Les truites sont nombreuses, et si en journée, on peut avoir l’impression que seul de petits poissons sont en activité près de la surface, par eaux basses avec un peu de discrétion on croisera sur les bordures de très nombreuses 50 + comme ils disent dans le Jura. Ces poissons se montreront en surface le plus souvent à la faveur d’un coup du soir entre juin et septembre, mais le matin il n’est pas rare notamment sur les parcours les plus en aval de voir de très belles truites en surface. Le seul hic à mon avis c’est que ces poissons sont loin d’être facile à leurrer (ils valent largement leur compères de la Loue sur ce point là) et ce n’est pas forcément ce à quoi l’on s’attend en venant en Irlande. La richesse du biotope leur permettent d’être très sélectifs sur leurs proies et la multitude de petits courants rend la dérive difficile à contrôler à partir d’une quinzaine de mètres. Les poissons peuvent gober en nombre en particulier sur les fins de lisses, il faut alors prendre une grande inspiration et se concentrer sur un poisson, et ne pas couvrir tous les gobages que l’on a sous la main, si l’on veut éviter une grosse désillusion. Cette mésaventure arrive plus souvent qu'on le souhaiterait, même en étant averti.

Mais le jeu en vaut la chandelle notamment lorsque les conditions d’eaux sont basses et ne sont pas idéales pour la pêche du saumon. 


En effet, quoi de mieux que de passer une journée ensoleillée à pêcher la truite à vue sur les bordures ou en sèche, avant de pêcher le saumon lorsque la luminosité décroit ? 

J’ai encore cette journée en tête, en septembre 2007 où après un match de tennis à Clonmel, nous avons enchainé une partie en sèche avec une dizaine de poissons pris sans bouger de place, avant de prendre un saumon au coup du soir.


Je dois l’avouer les « brown trout » de la Suir sont belles, puissantes (là il n’y a pas de comparaison possible avec les poissons de la Loue) et extrêmement intéressantes à pêcher, mais pour moi ce qui fait de cette rivière un endroit exceptionnel, c’est la possibilité de pêcher le saumon dans des conditions idéales. Les parcours sont très longs et la limitation du nombre de pêcheurs fait que l’on pêche dans des conditions proche de ce que l’on rencontrer lorsque l’on pêche les steelheads (avec des centaines de kilomètres de rivières publiques et des poissons un peu partout) ou ce que l’on peut trouver sur certains parcours privés que je ne pourrais jamais m’offrir. Oublions ici les rotations, inévitables sur tous les autres parcours d’Europe (où les statistiques de prises ne sont pas meilleures) mais oh combien insupportable de mon point de vue. Si je décide de pêcher derrière un autre pêcheur, c’est uniquement pour avoir un peu de repos, discuter, prendre mon temps, le regarder pêcher et essayer de comprendre comment bien pêcher ces postes.

La rivière présente des postes à saumons sur tout son linéaire. Les postes ne sont pas faciles à remarquer dans un premier temps (de nombreux secteurs paraissent lents et longs), mais c’est bien sur ces zones que j’ai eu la chance de toucher la plupart des poissons. Mais attention nous sommes très loin des étangs bretons, la rivière sur ces zones pêche très bien, avec un courant régulier et s’il est parfois nécessaire derrière une soie flottante d’ajouter un bas de ligne plongeant, je pêche dès que possible en flottante. Cela me permet d’obtenir un poser nettement plus délicat. Cette rivière d’environ 30-40 mètres de large se prête très bien à la pêche à la mouche, mais pour moi si dans les revues halieutiques les articles font souvent l’éloge de la présentation de la mouche (vitesse de nage et hauteur ou type de mouches), à mon avis la discrétion du lancer et du poser sont extrêmement importants sur cette paisible rivière.

Parce qu’il faut être honnête, je ne passe pas beaucoup de temps à savoir quelle mouche je vais nouer. Je vais réfléchir un peu sur la taille, mais pour moi les modèles classiques donnent de très bons résultats, pas la peine de s’embêter avec ça.

Lorsque les conditions sont difficiles (eaux basses, temps clair) les heures de pêche qui semble donner les meilleures résultats sont les premières heures du jour et surtout la dernière heure avant la nuit. J’enfonce peut être une porte ouverte en disant cela, tant je l’ai vu écrit, mais j’ai encore pu le constater cette année. Enfin c’est ce que l’on m’a dit car j’ai un peu de mal à me motiver pour me lever à 6h30, en général je préfère attaquer la journée de pêche le ventre plein, et à 19h j’étais souvent au pub. Encore une fois ce n’est pas forcément un signe de grande intelligence, mais c’est les vacances après tout.

L’inconvénient dans ces conditions, en plus du fait que la pêche est difficile, c’est qu’au mois de Juin il est presque impossible d’être témoin du lever du jour (je ne sais pas peut être qu’à 4h30 il fait encore nuit, mais j’en douterais presque). Les jours sont incroyablement long sur cette période, alors pêcher à 5h du matin après un coup du soir à 22h30 - 23h, ça fait une semaine fatigante. Mais peut être que vous pourrez comme moi, vous reposer un peu au travail en rentrant en France.


Enfin pour parler des poissons, la Suir est réputée pour ses très gros poissons, mais si l’on enlève les poissons d’exception (30 lbs) la moyenne des captures est très élevée. Il est à ma connaissance impossible de trouver des statistiques de prises de saumons sur la Suir, mais une chose est sûre, le poids moyen des poissons capturés est nettement plus élevé que celui observé sur beaucoup d'autres rivières à saumons plus réputées en Irlande. J’ai l’impression qu’un grand nombre des poissons pris atteint les 10 lbs, et avec un peu de chance (ou beaucoup) on peut toucher un poisson de 15-16 voire 20lbs.

 

J’ai eu la chance de connaitre un peu tout sur cette rivière, des poissons de 3 lbs au 18 lbs, des semaines sans saumon (après tout c’est ça la normalité dans cette pêche) aux séjours fastes dignes des meilleures rivières Islandaises. On pourrait se dire que j’ai fait un peu le tour de la Suir, et pourtant je reviens ici années après années, car je n’ai pas trouvé à moins de 12 h d’avion des conditions de pêches équivalentes à ce que la Suir peut offrir. 

Je rajouterais pour conclure que sans être médium, vu les décisions politiques prises en Irlande sur la pêche des saumons et le développement raisonné de la région (c’est un terme à la mode en France, au moins en parole), la rivière a encore de belles journées de pêche à offrir.

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par Fabrice RENCUREL

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